#1 – Eliott paysagiste

Photo S. Iglesias

Un savoir-faire familial

Bonjour Eliott — Merci de m’accueillir sur ton chantier ! Pour respecter la protection de l’image et me concentrer sur ton métier et ton parcours humain, aucun nom ni lieu ne sera mentionné.

Alors, raconte-nous : comment ton histoire dans le métier de paysagiste a-t-elle commencé ? Tu viens d’où ?

▪ « Ça fait une vingtaine d’années que je suis dans le métier. Je suis désormais contremaître, mais j’ai commencé en tant qu’apprenti et j’ai suivi une formation avec des stages obligatoires pendant 3 ans. J’ai eu la chance d’avoir un maître d’apprentissage qui me faisait confiance. J’ai beaucoup appris grâce à lui. »

▪ « Mes grands-parents m’ont transmis le goût de la randonnée en montagne. Ce sont eux qui m’ont donné cette passion pour la nature et le travail en extérieur. J’ai grandi en observant le paysage, et ma sensibilité à l’environnement vient en partie d’eux. »

▪ « Sensible aux enjeux environnementaux, j’étais déjà conscient de l’importance de préserver la faune et la flore, bien avant que ça devienne une obligation légale. C’est une nouveauté pour certains dans le métier, mais pas pour moi ! »

Est-ce que tu as une certaine liberté créative pour adapter les projets à tes idées, ou dois-tu toujours suivre les directives de ta hiérarchie ?

▪ « Oh oui, bien sûr ! On peut proposer des idées. On n’exécute pas toujours exactement ce qui est demandé, on peut adapter. »

Et les femmes sur le chantier, ça arrive ?

▪ « Ah oui, ça m’est déjà arrivé de travailler avec des femmes. Au début, je m’inquiétais pour elles parce qu’on n’est pas toujours très fins dans ce métier… Finalement, ça s’est très bien passé, elles se débrouillaient même mieux que certains nouveaux arrivants ! » ▪ « Les femmes sont plus dans le détail. Pour les travaux lourds, on s’organise. Ça ne me gêne pas du tout de travailler avec des femmes. Je ne suis pas un macho. »

Après toutes ces années, tu aimes toujours ce que tu fais ? Quel est ton type de chantier préféré ?

▪ « J’aime ce que je fais, même sous la pluie. C’est pas facile, mais je suis content d’être dehors et de faire ce que j’aime. Je ne me vois pas dans un bureau. »

▪ « J’aime quand c’est compliqué et quand c’est un grand chantier. Ce n’est pas toujours les deux à la fois, mais c’est ce que je préfère. »

En réalité, j’aime tout type de projet car chacun est différent — on doit s’adapter et relever le défi. Trouver les meilleures techniques possible ainsi que l’organisation, puis s’adapter à chaque personne de l’équipe par rapport à leurs compétences pour optimiser au mieux le planning.

Comment voyez-vous Genève en 2050 ?

Ma conclusion personnelle :

▪ Pour ma part, je rêve d’une ville plus inclusive, où les enfants ne sont pas un frein au bien-vivre ensemble mais au contraire un moteur. Une ville où la nature serait au cœur de tout, non pas reléguée aux marges, mais intégrée, connectée, vivante. Fini la séparation abrupte entre la campagne et l’urbain : le végétal devrait irriguer chaque quartier, chaque rue, pour créer un véritable poumon collectif.

Genève s’est déjà engagée dans cette direction. La stratégie d’arborisation de l’aire urbaine genevoise, adoptée par le Conseil d’État en mai 2024, fixe un objectif ambitieux : atteindre 30% de surface ombragée d’ici 2070, ce qui implique de planter environ 150 000 nouveaux arbres en quinze ans. Pour y parvenir, le Grand Conseil a voté à l’unanimité un crédit de 204 millions de francs, dont une large part destinée à soutenir les communes et les privés dans leurs efforts de plantation. Une ambition à saluer et à défendre au quotidien, sur chaque chantier, dans chaque plan de quartier.

Et pourquoi s’arrêter aux arbres ? Les abris de bus végétalisés, les toitures vertes qui retiennent la pluie et régulent la chaleur : une réalité déjà amorcée à Genève, et autant de petites révolutions silencieuses qui, mises bout à bout, transforment profondément la texture d’une ville.

▪ Côté mobilité, des zones piétonnes élargies, des transports publics accessibles à tous, déjà gratuits pour les moins de 25 ans, une avancée qu’il s’agit de confirmer et d’amplifier. Moins de voitures, plus d’espace pour se croiser, se parler, respirer.

▪ Mais ce que j’espère surtout, c’est une ville qui se reconnecte au vivant, depuis la crèche jusqu’à son appartement. Une ville où l’on sait d’où viennent ses fruits et ses légumes, où les jardins communautaires font partie du paysage ordinaire, où les coopératives d’habitation participatives.