#10 -Jean-Jacques, ébéniste depuis l’âge de 14 ans : entre tradition et création contemporaine

Un apprentissage à l’ancienne

Il a quitté la maison à 13 ans pour apprendre le métier auprès d’un maître artisan à Marseille. Aujourd’hui, bien au-delà de l’âge de la retraite, Jean-Jacques continue de travailler le bois, riche d’une formation exigeante en marqueterie acquise dans sa jeunesse, à une époque où l’ébénisterie était encore un artisanat d’art à part entière.

Quand l’époque change, le métier évolue

Les matériaux ont changé, les exigences aussi : les meubles sont devenus plus lourds, les gestes plus complexes. Ce n’est pas un métier qu’il conseillerait à un jeune aujourd’hui, non pas par manque de passion, mais parce que l’époque n’est plus la même. Il garde en mémoire des années magnifiques, celles où l’on reproduisait des meubles d’époque avec minutie. Aujourd’hui, la demande a diminué, et il voit plus d’avenir dans des métiers comme celui de luthier, où l’artisanat garde une vraie reconnaissance.

De l’artisanat traditionnel à la création contemporaine

Mais Jean-Jacques n’est pas resté figé dans le passé. Il a aussi été un créateur de meubles contemporains, imaginant des pièces uniques comme des meubles à CD sur mesure, pensés pour la vie quotidienne. Il a aussi œuvré comme artisan-architecte d’intérieur pour des maisons prestigieuses, comme Yves Saint Laurent. Il y réalisait des présentoirs conçus en collaboration avec les équipes de marketing et de communication — notamment à Lucerne. Face à des idées parfois irréalistes sur le papier, c’est lui qui traduisait l’intention initiale en une réalisation concrète et élégante, mêlant technique, esthétique et bon sens.

Une vie de travail au service du bois, du geste juste, et de la beauté utile.

Conclusion en off : Deux générations, une même passion

Qu’il s’agisse de Samuel, le patron de l’entreprise d’ébénisterie, ou de Jean-Jacques, l’artisan, j’ai adoré découvrir leurs ateliers et leurs visions : distinctes, mais profondément complémentaires. Deux mondes qui s’entremêlent, deux époques différentes mais également indispensables. J’écris pour donner la parole à celles et ceux qui m’ont touchée par leur façon d’habiter leur monde et de mener leurs combats silencieux.

Il est parfois difficile de cohabiter avec le passé et le présent, et d’aborder l’avenir avec sérénité. Aujourd’hui, rien n’est acquis. Autrefois, on débutait un apprentissage chez un maître artisan et l’on y faisait sa vie. Jean-Jacques, qui a parcouru la France en quête d’une existence meilleure, m’a particulièrement marquée. Car non, la vie n’était pas plus simple avant, mais les lignes semblaient plus nettes.

Vivre dans une époque où la rapidité et la rentabilité dominent est une épreuve pour ceux qui œuvrent avec lenteur, justesse et transmission. Et pourtant, certains persistent. Samuel a appris sur le terrain, mais il maîtrise aussi l’art du lien avec les clients, qui demande parfois autant de finesse que le façonnage d’une pièce de bois.

Ces deux hommes incarnent deux réalités, deux élans nécessaires. Nous vivons une époque de bascule : entre désir de modernité et besoin de mémoire. Beaucoup, dans nos générations, cherchent à préserver la trace de leur histoire. Tout ne s’effacera pas — car la mémoire des artisans, je m’engage à la porter.

Mon projet est simple : aller à leur rencontre, capter leurs voix, et créer un livre pour rendre hommage à ces passeurs de beauté.

Pour en savoir plus je vous invite à lire l’article sur le patron de la menuiserie Guy Fracheboud Successeur SA #11 – Artisan et homme d’affaires : portrait d’un ébéniste moderne