#2 – Du Bois et du Cœur : Le Métier d’un Homme, l’Héritage d’un Père

Gentrit & Emrush

Un savoir-faire familial

Aujourd’hui, j’ai rencontré Emrush et Gentrit, père et fils, deux parqueteurs. Le métier semble connu de tous, mais peu d’entre nous en connaissent réellement la globalité. Ce n’est pas juste un revêtement que l’on pose, c’est parfois un travail de reconstruction dans des lieux d’exception. Chez eux, le savoir-faire se transmet de père en fils, même si Gentrit n’a que vingt ans.

Bonjour Emrush et Gentrit, je suis très heureuse de passer un moment avec vous. J’avais envie de mettre en lumière votre métier.

Quarante ans d’expérience

Racontez-nous d’où vous venez et pourquoi avoir choisi le métier du bois.

— Alors, cela fait quarante ans que je connais le métier de parqueteur. J’ai quitté mon pays d’origine, le Kosovo, il y a quarante ans. J’ai construit ma vie ici, en Suisse. J’ai quatre enfants : deux garçons et deux filles. Mes fils font le même métier que moi, même si Gentrit n’a que vingt ans.

Comment êtes-vous arrivés dans le métier du bois ?

— J’ai commencé très jeune, j’avais dix-neuf ans, et j’ai tout appris grâce à une entreprise chez qui je suis resté vingt ans.

Une leçon de vie professionnelle

Ensuite, j’ai travaillé de nombreuses années dans une deuxième entreprise, ce qui m’a permis d’approfondir mon expérience. Cette entreprise était une affaire familiale qui avait traversé trois générations.

Malheureusement, la dernière génération ne s’est pas impliquée sur le terrain, ce qui a fini par mettre l’entreprise en difficulté. C’est une leçon que j’ai retenue : il ne suffit pas de reprendre une affaire, il faut aussi connaître le métier et y mettre du cœur.

Aujourd’hui, je suis indépendant depuis un an, mais j’ai toujours été loyal, droit et j’aime bien faire mon travail. J’enseigne ces valeurs à mes fils.

Le respect, c’est important pour moi, et je voulais leur transmettre cela. Savoir parfois être discret avec certains clients, accepter volontiers un café ☕, mais le travail, c’est le travail. Je commence un chantier, je le termine. J’apprécie le travail bien fait, je suis organisé.

La transmission père-fils

Et toi, Gentrit, comment as-tu commencé ?

— J’ai commencé à travailler avec mon père vers dix-sept ans. Petit à petit, j’ai appris en le regardant faire et en l’aidant sur les chantiers. C’est un métier qui demande de la patience et de la précision, mais j’aime ça. Travailler avec mon père, c’est apprendre d’un maître du métier, et ça me motive à continuer dans cette voie.

Quel type de travail préférez-vous ?

— J’adore les rénovations, c’est ma spécialité. Rénover des sols anciens, comme dans les châteaux, sans altérer le revêtement d’origine. Il faut décaper, ça c’est facile, mais ensuite il faut reprendre les travaux de finition. J’aime aussi retravailler des charpentes récentes pour leur donner une âme. J’adore ce que je fais.

Évolution écologique du métier

Petite question écologique : avez-vous des particularités dans ce métier ?

— Les solvants sont désormais interdits, alors les couches de protection sont à base d’eau. Cela résiste moins, mais l’avantage, c’est qu’on ne pollue plus et qu’on n’a plus besoin de masque lors de l’application.

Et concernant la récupération de parquet ?

— Oui, nous récupérons du parquet dans certains types d’entreprises pour pouvoir restaurer des pièces anciennes.

Fierté paternelle et ambitions

Ça fait quoi d’avoir son fils avec soi ? Vous êtes fier, j’imagine ?

— Oui, je suis fier, très fier. Je veux que mes fils soient ambitieux. Parfois, quand on est jeune, on veut juste un travail pour gagner sa vie. J’aimerais qu’ils aient envie de plus, de viser plus haut que moi. C’est important de voir plus loin.

En voyant cette entreprise familiale s’effondrer faute d’engagement, j’ai compris l’importance de transmettre plus qu’un savoir-faire : il faut transmettre des valeurs, de l’ambition et de l’amour pour le métier. C’est ce que j’essaie de faire avec mes fils pour qu’ils puissent non seulement continuer mon travail, mais aussi le faire évoluer.

Les défis du bâtiment

Les difficultés sont parfois présentes dans le métier du bâtiment. Pourquoi ?

— Oui, parfois on travaille dur. J’ai connu des chantiers où je devais tout organiser seul. Mon patron était souvent absent. J’ai pris des responsabilités pour faire avancer les travaux. Les clients sont toujours satisfaits, car avec moi, le client est roi.

Mais malheureusement, il m’est arrivé de ne pas être payé du tout à cause d’entreprises en faillite ou qui refusaient simplement de payer. C’est difficile de faire confiance, mais il y a toujours des gens bien, et c’est important de s’en rappeler, même si le milieu change.

Un exemple à suivre

Merci à tous les deux, je suis vraiment contente d’avoir pu discuter avec vous et que vous ayez pris du temps pour cet échange. Votre travail doit encourager les jeunes générations, c’est plus un rôle d’artisan qu’un simple métier. Vous incarnez la passion et la transmission, un bel exemple à suivre.

Ma conclusion personnelle :

En off, je réalise que le travail de restauration et de reconstruction n’est pas seulement une affaire de parquets anciens ou de châteaux à rénover.

C’est aussi l’histoire d’un homme qui a su renaître de ses cendres, bâtissant sa vie loin de son pays d’origine, transmettant ses valeurs et son amour du métier à ses fils. Ce n’est pas juste du bois qu’ils travaillent, c’est une histoire de famille, de courage et de passion qui se grave dans chaque planche posée.