
Retrouvailles après 30 ans
Je connais David depuis l’enfance, bien plus que comme simple serrurier. Nos chemins se sont croisés quand j’étais encore une jeune adolescente, et depuis, je ne l’ai jamais revu dans ma tête il a toujours 13 ans. Mais c’est seulement récemment, après plus de 30 ans sans nous être vus, que j’ai eu la chance de découvrir la profondeur de son métier, son quotidien et ses rêves. Lors de notre interview, il m’a ouvert une porte sur son univers, à la fois fascinant et bouleversant.
Un artisan de cœur
David, à 43 ans, gère son atelier Adoclé – https://www.adocle.ch avec une passion intacte depuis 20 ans. Bien qu’il puisse sembler être un jeune entrepreneur ambitieux, c’est avant tout un homme simple, un artisan de cœur. Il m’a confié : « J’aime mon métier. C’est une passion. J’adore crocheter les serrures 🗝️. Entre la voix du cambrioleur et celle du serrurier, j’ai choisi celle de l’honnête homme. »
Les défis d’un métier non réglementé
Ce choix de vie n’a pas été facile. David a dû se confronter aux galères d’un marché où, sans CFC officiel, n’importe qui peut se dire serrurier. Il me raconte avec une certaine amertume : « Le métier n’est pas soumis à un véritable contrôle. N’importe qui peut arriver avec une camionnette, faire des prix qui frôlent l’indécence, et prétendre être serrurier. C’est ce qui fait que le vrai travail d’artisan est de plus en plus difficile à trouver. »
Il parle aussi de son désarroi face à la rapidité du marché de la construction 🏗️, où les artisans comme lui se retrouvent souvent sous-estimés et ignorés. Lors des soumissions, son travail est souvent inclus sous la couverture d’un menuisier, qui choisit l’artisan et le matériel en fonction de ses propres critères, souvent le prix. Ce manque de reconnaissance pour le travail de qualité lui pèse, mais il reste fidèle à sa philosophie : « J’ai formé beaucoup de jeunes et j’espère qu’ils sauront voler de leurs propres ailes afin de faire perdurer le métier et produire un travail d’artisan. »
Des débuts précoces dans l’artisanat
David m’a aussi parlé de ses débuts. Lors des vacances scolaires, son père représentant des fabricants, l’emmenait travailler à l’atelier de fournisseur, où il a appris les ficelles du métier. Il a aussi obtenu un CFC de carrossier, mais ce diplôme, bien qu’il fasse partie de son parcours, n’a finalement pas trouvé sa place dans son évolution professionnelle. Le métier de serrurier est devenu son véritable appel.
Au service de la police : une expérience marquante
Entre ses 20 et 24 ans, il a dû ouvrir pour la police, lors d’interventions dans des affaires complexes, des décès de personnes âgées ou des interventions des brigades des stupéfiants. Il ne cache pas que cela a été humainement difficile, mais c’était aussi une expérience qui a marqué son parcours : « J’ai adoré, mais c’était dur. J’ai arrêté, mais je continue d’intervenir 7 jours sur 7. Je gère encore les téléphones. Ce contact direct avec le client, cet artisanat qui nous lie, c’est ce que j’aime. »
Rester fidèle à ses valeurs
Et pourtant, malgré les difficultés et la rapidité imposée par le marché, David garde espoir. Il rêve d’un monde où les vrais artisans seraient à nouveau valorisés, où son métier aurait un code déontologique et où ceux qui exercent de manière irresponsable disparaîtraient. « J’ai eu l’énergie pour professionnaliser le métier, mais changer tout un système, c’est trop difficile. « Aujourd’hui, je refuse de pratiquer à des tarifs trop bas ou excessivement élevés ; la qualité se paie au prix juste. »
L’art de préserver le patrimoine
David m’a aussi raconté une expérience qui illustre parfaitement son dévouement et sa passion pour son métier. Un jour, il a dû retravailler une porte en bois ancienne, qu’il jugeait trop belle pour être jetée. Il m’explique : « J’ai passé un temps fou à la retaper pour y loger une serrure moderne et électronique 🔒. J’aurais pu choisir la solution rapide, jeter la porte et poser une nouvelle, mais j’ai préféré faire ça à mes frais, pour lui redonner vie. C’était long, mais je suis fier du résultat. » Ce choix de privilégier la qualité et le respect des objets est un aspect essentiel de son travail, même si cela lui coûte parfois.
Rêves d’ailleurs et philosophie de vie
David m’a aussi partagé son rêve : vivre au Pérou quand sa fille sera grande. Mais, pour l’instant, le temps file trop vite. « Je me pose souvent la question : à quoi rime cette vie de ‘vite, vite’ ? Je crois que le monde va devoir changer, revenir aux vraies valeurs, mais nous ne serons probablement pas là pour le voir. » Son regard sur le monde actuel est empreint d’une sagesse qu’il a acquise au fil des années, et son désir de changement reste vif.
Savoir conserver ses principes
Malgré tout, David a résisté à la tentation d’accepter les offres d’achat de son atelier par de grandes entreprises. Il reste fidèle à sa vision, et il refuse d’y déroger à n’importe quel prix. « Je travaille avec passion. Et même si ça me coûte parfois pour l’instant je veux continuer à travailler comme un artisan, mais bien sûr qu’un jour je laisserai la place à la relève «
Conclusion en off : ouvrir des portes intérieures
Cette interview m’a beaucoup impacté et m’a amenée à réfléchir. Je suis déjà de nature anxieuse et réfléchir, c’est un peu mon fardeau.
David a mis en lumière des pensées que j’ai souvent sur le sens et la quête de soi. La vie est très courte et pourtant on court tous — mais après quoi ? Être quelqu’un, réussir…
Quand on est enfant, on veut la sécurité et s’amuser, tout est encore possible. Et ensuite on veut plus… Pour beaucoup d’entre nous, il y a un stade où l’on cherche un sens, un monde meilleur — surtout quand on devient parent.
Et même quand on n’a pas d’enfant, on veut aussi un monde meilleur et trouver du sens à ce qu’on fait, non ?
Mais la différence, c’est la responsabilité qu’on ressent. Quand on a des descendants, on se sent responsable du monde dans lequel on les laisse. On veut contribuer au changement. Lequel ? Je ne sais pas très bien… Un monde connecté je pense — mais connecté à l’autre — pas au réseau, ni à la rapidité — connecté à nos êtres profonds.
Et vous ?
Etes-vous aussi en quête de sens ? Qu’est-ce qui vous fait vibrer aujourd’hui ? Vous avez une mission, un sport, un art, un engagement qui vous anime ?